En 1967, la hauteur des bâtiments d’habitation en France ne devait pas dépasser 50 mètres, sauf dérogation rare. À Grenoble, trois édifices de 98 mètres ont pourtant été autorisés et construits en plein cœur de la ville. Leur réalisation a marqué une rupture avec les normes urbaines de l’époque.
Ces structures ont longtemps été les plus hautes de France hors région parisienne. Leur conception résulte d’un choix politique assumé à la veille des Jeux Olympiques d’hiver de 1968, visant à transformer le paysage urbain grenoblois et à répondre à des besoins de logement accrus.
Pourquoi les Trois Tours de l’Île Verte fascinent encore Grenoble et ses visiteurs
Impossible de traverser Grenoble sans remarquer les Trois Tours de l’Île Verte. Mont-Blanc, Belledonne, Vercors : ces trois noms résonnent comme un clin d’œil aux massifs qui encerclent la ville, mais c’est bien leur présence qui attire tous les regards. Depuis leur construction, entre 1964 et 1967, elles incarnent l’entrée de Grenoble dans une nouvelle ère. Leur silhouette, élancée, s’impose en manifeste du modernisme, à la fois prouesse technique et affirmation d’une ville qui veut s’inscrire dans son temps, à la veille des Jeux Olympiques d’hiver.
Quelques chiffres suffisent à saisir leur dimension : 98 mètres de haut, 28 étages, près de 500 logements à elles trois. À l’époque, aucun autre immeuble résidentiel n’atteignait de telles hauteurs en Europe. Leur structure, composée de modules cubiques imbriqués, évoque la précision des alvéoles d’une ruche. Cette architecture, pensée pour résister aux séismes, porte la marque de Roger Anger et Pierre Puccinelli. Les tours se dressent aujourd’hui au cœur d’un quartier autrefois agricole, devenu l’un des secteurs résidentiels les plus recherchés de Grenoble.
Le quartier Île Verte, traversé par les boulevards Maréchal Randon et Maréchal Leclerc, a changé de visage. Relié au centre-ville par le tramway depuis 1992, il illustre la mutation de Grenoble vers une métropole alpine moderne. Ici, la population affiche un niveau de vie plutôt élevé ; le nombre de logements sociaux y reste limité. Ce contraste surprend parfois les visiteurs, d’autant plus que la verticalité des tours dialogue avec la sérénité toute verte du parc de l’Île Verte, accessible depuis 1866.
Pour celles et ceux qui souhaitent comprendre cette évolution urbaine, l’Association Patrimoine et Développement du Grand Grenoble organise des visites guidées. Ces rendez-vous rencontrent un vrai succès auprès des passionnés d’urbanisme et des curieux, désireux de lire dans les murs de l’Île Verte les traces d’un quartier réinventé, entre fortifications héritées et innovations du XXe siècle.
Architecture, histoire et secrets : à la découverte des emblèmes vertigineux du quartier
Regarder les trois tours, c’est croiser le regard d’une époque qui n’avait pas peur d’innover. Les architectes Roger Anger et Pierre Puccinelli signent une œuvre qui, pour les années 1960, flirte avec le futurisme. Leur inspiration ? L’organisation des alvéoles d’abeilles : des modules cubiques qui s’emboîtent, des façades rythmées, une lumière qui traverse les espaces. Les chiffres donnent le vertige : 98 mètres de haut, 28 niveaux, environ 500 appartements. Ce sont alors les plus hauts bâtiments résidentiels d’Europe. Leur reconnaissance officielle ne s’est pas fait attendre, puisqu’elles sont aujourd’hui distinguées à la fois comme « patrimoine du XXe siècle » et comme « architecture contemporaine remarquable ».
Pour mieux cerner ce qui fait leur singularité, voici les éléments majeurs qui participent à l’identité du quartier et de ses tours :
- L’arrivée du pont sur l’Isère, qui a ouvert de nouveaux axes et dessiné le visage actuel du secteur.
- L’ouverture du parc de l’Île Verte au public dès 1866, offrant un espace de respiration à deux pas des tours.
- La construction du tramway et des hôpitaux voisins à La Tronche, qui a renforcé la connexion du quartier au reste de la ville.
Autour des Trois Tours, on retrouve aussi des fragments du passé. Tour du XIVe siècle, poudrière Vauban, bastions, anciennes casernes transformées, ou encore l’immeuble en S qui occupe l’emplacement de la caserne Bizanet : le quartier conserve la mémoire de son histoire militaire et urbaine.
À quelques rues de là, le parc Paul-Mistral abrite la tour Perret, 95 mètres de béton armé, inaugurée en 1925 pour l’Exposition internationale de la houille blanche. Grenoble cultive ainsi sa réputation de ville pionnière en matière d’urbanisme et d’architecture, sans renier ses racines. Les vestiges des fortifications, pans de muraille le long de l’Isère, ou la place du Docteur Girard témoignent d’une ville capable de se réinventer sans jamais perdre de vue son histoire. Les Trois Tours, elles, continuent de veiller sur la ville, témoins silencieux d’une audace qui, un demi-siècle plus tard, n’a rien perdu de sa force.


